21 juillet 2008
Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.
Toujours dans la continuité de l'article de dessous et dans mes idées du moment:
un texte de Damien Saez sur notre société issu de son livre "A ton nom".
"Puisqu’il n’y a plus de dieux, plus de bien ni de mal, puisqu’il n’y a plus d’idéologies, plus de rêves auxquels croire, puisqu’il n’y a plus que les ruines d’une richesse lointaine, puisque cette étoile est laide et puisque je suis seul ; si les êtres ne peuvent m’aider. Je prie"
"Je ne connais pas de pire dictature que celle de la communication
comme on l’entend aujourd’hui. C’est comme ces putains de magazines qui
pullulent par milliers et nous apprennent que le must de la féminité c’est de
ne pas se nourrir et ressembler à un sac d’os ambulant, que le rouge sera
tendance l’été prochain. Ces putains de torchons dont les couvertures d’hommes
singes aux parfaits abdominaux me rappellent fortement les campagnes de
propagandes nazie. Mais tout ça n’est pas grave, on y est habitués.
L’intellectuel d’aujourd’hui dénonce l’impérialisme en bouffant un cheeseburger
et crache sur la merde à la télévision alors qu’elle trône au milieu de son
salon. La publicité est l’instigatrice d’un marché de bétail, mais elle permet
tant de choses : ACHETER. La réalité c’est que les icônes qui font les rêves de
la consommation sont les nouveaux nègres comme on disait autrefois. Pauvre
bétail, qui par sa bêtise participe à l’horreur du monde (Désolé Claudia, toi
et tes sœurs êtes peut-êtres bonnes, mais vous n’incarnerez jamais la beauté
!). Les agences regardent leurs dents, leurs cheveux, leur cul, avant de les
maquer comme des putes. On va les chercher dans leur pauvre Russie, Estonie ou
autres ruines d’un autre temps. A quinze ans, elle quittent l’école par appât
du dollar et à vingt-trois on les renvoie chez elles, dopées à la cocaïne, le
cœur à genoux : c’est ça le viol, c’est ça la consommation. Ici on tue les
vieilles. A vingt cinq ans on les tue. Ordre du MEDIA. A mort les vieilles ! On
tue les grosses aussi. Pas la place pour les inactives, pas la place pour les
non-fécondables. Souvenez vous des publicités qui mettaient en scène une jeune
femme aux airs innocents, plate car encore jeune, qui léchait une cuillère de
yaourt comme on lécherait du sperme. Mais qui a parlé de pédophilie ? Danone ou
qui ?
Evitons l’hypocrisie : plus besoin pour les anormaux de se sentir rejetés.
J’entends par anormaux les pauvres gens qui ne répondent pas aux critères Venus
Land, les gueux qui n’entent pas dans notre chère normalité … les
non-superficiels tolérés. Pourquoi les faire souffrir ? Après tout, la planète
ne serait elle pas plus belle habitée par des Pamela Anderson ou toute autre
tare de notre mère CONSOMMATION ?
Allez absorbe jusqu’à gerber la merde qu’on te livre en direct au dîner ! Tu
sais quoi, ta propre mort sera retransmise en direct chez toi ! Lorsque la fin
du monde sonnera on sera tous devant notre poste de télévision au lieu de
regarder les étoiles.
Un jour viendra, nous aurons des rêves à nouveau. Et le cœur vierge de tout
passé nous ouvrirons les yeux sur un monde nouveau …"


